jeudi

Benoît XVI dénonce les sociétés modernes sans Dieu

Le pape Benoît XVI a dénoncé en 2008  "une certaine culture moderne" qui proclame la mort de Dieu et conduit les nations à perdre leur identité. "Des nations un temps riches de foi et de vocations perdent désormais leur identité propre, sous l'influence délétère et destructrice d'une certaine culture moderne".

"On voit celui qui, ayant décidé que 'Dieu est mort', se déclare 'Dieu' lui-même et se considère l'unique artisan de son propre destin, le propriétaire absolu du monde", a-t-il ajouté. "Quand les hommes se proclament propriétaires absolus d'eux-mêmes et uniques maîtres de la création, (...) s'étendent l'arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l'injustice et l'exploitation, la violence dans toutes ses expressions." Comment fonder alors "une société où règnent la liberté, la justice et la paix ?", s'est-il interrogé.

Dans un autre message diffusé en vue des 26es journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Madrid en août 2011, Benoît XVI a fustigé "un fort courant laïciste" et soutenu l'idée selon laquelle "un monde sans Dieu est un enfer". "Il y a un fort courant laïciste qui veut supprimer Dieu de la vie des personnes et de la société, projetant et tentant de créer un paradis sans lui", affirme le souverain pontife dans un communiqué du Vatican. Le pape exhorte par ailleurs l'Europe à retrouver ses racines chrétiennes". "La culture actuelle, dans certaines régions du monde, surtout en Occident, tend à exclure Dieu ou à considérer la foi comme un fait privé, sans aucune pertinence pour la vie sociale", martèle ainsi Benoît XVI, dénonçant une "sorte d'éclipse de Dieu, une certaine amnésie, voire un réel refus du christianisme", couplé à un "risque de perdre sa propre identité profonde".

Alors que "toutes les valeurs qui fondent la société proviennent de l'Evangile, comme le sens de la dignité de la personne, de la solidarité, du travail et de la famille". "L'expérience enseigne qu'un monde sans Dieu est un enfer où prévalent les égoïsmes, les divisions dans les familles, la haine entre les personnes et les peuples, le manque d'amour, de joie et d'espérance", ajoute-t-il.

Il regrette d'ailleurs qu'il y ait "des chrétiens qui se laissent séduire par le mode de penser laïciste" ou qui "ont simplement laissé refroidir leur foi dans le Christ, ce qui a d'inévitables conséquences négatives sur le plan moral".

Le pape critique aussi "le relativisme ambiant, qui consiste à dire que tout se vaut et qu'il n'y a aucune vérité ni aucun repère absolu", estimant qu'il engendre "instabilité, déception (et) conformisme aux modes du moment".



Une société sans Dieu s’autodétruirait, affirme le card. Ratzinger (19 novembre 2004)

Une société sans Dieu s’autodétruirait, affirme le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation pour la Doctrine de la Foi, dans un entretien publié dans le quotidien italien "La Repubblica".

Selon le cardinal bavarois, on note actuellement "une agressivité idéologique séculière assez préoccupante. En Suède par exemple, un Pasteur qui avait prêché sur l'homosexualité en se servant d'un extrait de l'Ecriture a été incarcéré pendant un mois. La laïcité n'est plus un facteur de neutralité garantissant la liberté générale, et elle est en train de devenir une idéologie. Elle s'impose par le biais de la loi et interdit l'expression publique du point de vue catholique et chrétien. Ce point de vue, qui risque de devenir strictement privé, va vers la mutilation. Il y a donc un conflit et nous devons défendre la liberté religieuse face à l'imposition d'une idéologie qui se présente comme l'unique voie rationnelle, alors qu'elle n'est que l'expression d'un certain rationalisme".

"La juste laïcité est la liberté de religion, rappelle le cardinal Ratzinger. L'état ne peut imposer une religion mais doit offrir un espace aux religions en rapport avec leur responsabilité envers la société, c'est-à-dire permettre aux religions d'être des facteurs constitutifs de la vie sociale".

Le cardinal Ratzinger explique que l'essence profonde du christianisme "est une histoire d'amour entre Dieu et les hommes". Il ajoute : "Si l'on comprend cela tout le reste suivra".

Or, actuellement, fait remarquer le cardinal Ratzinger, la place de Dieu dans notre société est "très marginalisée".

Il précise : "Dans la vie politique, il est presque indécent de parler de Dieu, comme s'il s'agissait d'une atteinte à la liberté des non-croyants. Le monde politique a ses lois et ses voies propres, mais il exclut Dieu comme s'il n'appartenait pas à ce monde. Il en va de même en économie, mais aussi dans la vie privée, où il demeure en marge".

Inversement, continue le cardinal Ratzinger, "j'estime nécessaire de comprendre à nouveau -et c'est tout à fait possible - que la politique comme l'économie ont besoin de responsabilité morale, d'un sens de la responsabilité qui vient du cœur de l'homme et qui en fin de compte est liée à la présence ou à l'absence de Dieu".

Il avertit : "Une société dans laquelle Dieu serait totalement absent s'autodétruirait. Nous en avons eu l'illustration avec les régimes totalitaires du siècle dernier".

A propos de l’enseignement en matière de morale sexuelle et familiale, et du fossé qui s’est creusé entre l'enseignement de l'Eglise et le comportement des fidèles, le cardinal déclare : "Il est évident que nous devons continuer à réfléchir. Au début même de son pontificat, Jean-Paul II a donné une nouvelle approche anthropologique et personnaliste à cette question, en développant une vision très nouvelle du rapport entre le "je" et le "tu" de l'homme et de la femme. Certes, la contraception a provoqué une très ample révolution anthropologique, qui n'a pas été comme on pouvait le croire une aide aux situations délicates mais a changé la vision même de la sexualité, de l'être humain et de son corps. La sexualité a ainsi été détachée de la fécondité, ce qui a changé radicalement le concept de la vie humaine. L'acte sexuel a perdu son intentionnalité et sa finalité, qui avaient jusqu'ici été évidentes et déterminantes. Tous les comportements sexuels sont devenus équivalents les uns des autres et ce qui découle principalement de cette révolution c'est l'équivalence entre homosexualité et hétérosexualité (ndlr. Idéologie prônée y compris par des institutions catholiques...). Paul VI a donc eu raison de poser un problème d'une telle ampleur".

Face au phénomène de l’homosexualité, le cardinal Ratzinger déclare : "D'abord, l’Eglise doit avoir un grand respect pour ces personnes qui souffrent et qui désirent trouver un mode de vie correct. Mais en venir à créer une formule juridique fixant une sorte de mariage homosexuel ne les aidera aucunement".

A propos du choix espagnol (ndlr. et aujourd’hui de la France), le cardinal déplore : "il détruit la famille et la société". Et de préciser : "Le droit crée la morale car le commun pense que ce que dit la loi est moralement licite. Si au plan juridique une telle union ressemblerait au mariage, nous aurions toutefois une société ne reconnaissant plus ni la spécificité ni le caractère fondamental de la famille, le fait même que l'homme et la femme ont un devoir de continuité envers l'humanité, et pas simplement biologique. C'est pourquoi le choix espagnol ne rend pas un véritable service aux homosexuels, car on détruit par-là les éléments fondamentaux de l'ordre".


Répondant à une question sur la possibilité d'admettre un pacte de solidarité entre deux personnes, y compris entre deux homosexuels, qui soit reconnu et défendu par la loi, le cardinal répond : "Que le législateur le veuille ou non, une telle institutionnalisation semblerait aux yeux de l'opinion publique une sorte de mariage alternatif, d'où une relativisation inévitable du mariage. Il ne faut pas oublier qu'avec les choix vers lesquels l'Europe s'engage on court à la décadence. Nous nous détachons ainsi de toutes les autres grandes cultures, qui ont toujours reconnu la signification de la sexualité selon laquelle l'homme et la femme sont créés pour garantir ensemble l'avenir de l'humanité. Or, il s'agit d'une garantie qui n'est pas que physique, mais aussi morale".



mardi

Padre Pio

Saint Padre Pio - Fête le 23 septembre

Sa vie
Lorsque Padre Pio mourut, le 23 septembre 1968, les télé-scripteurs crépitèrent dans les salles de rédaction de la terre entière pour annoncer la nouvelle, tant était grande la notoriété de ce moine italien si simple, si humble mais dont la vie avait été marquée par une multitude de prodiges. Très rapidement ses fidèles commencèrent à réclamer sa béatification. C’était, bien sûr, demander à l’Église de reconnaître sa sainteté, tant ses mérites étaient évidents, mais en même temps sa réhabilitation, lui qui fut si longtemps persécuté par les siens. Il faudra presque 30 ans pour que l’Église reconnaisse « les vertus héroïques » de Padre Pio, préalable à sa béatification qui sera suivie de sa canonisation.

Francesco Forgione

Maison natale à Pietrelcina
Père Pio qui s’appelait pour l’état civil Francesco Forgione, naît le 25 mai 1887 à Pietrelcina, petit village qui se trouve à quelques kilomètres de Bénévente, ville elle-même distante de 8o km de Naples. Il est le second d’une famille de cinq enfants. Son père exploite un petit lopin de terre, qui est insuffisant pour lui permettre de nourrir sa famille et ce qui l’oblige par deux fois à s’expatrier, d’abord en Amérique du Sud puis en Australie. Ses parents sont religieux et mêmes dévots. Malgré ses faibles moyens, son père l’envoie dans une école privée car il sait que son fils veut devenir prêtre.

Très jeune, Francesco est d’un naturel tranquille, sérieux et même réservé. Avec son humour particulier, lui-même déclarera plus tard qu’il était « comme du macaroni sans assaisonnement et sans sel ». Il est déjà attiré par les livres de piété, entend la messe le plus souvent possible et passe à l’église matin et soir. Très tôt, il manifeste son refus des bagarres, des gros mots. Il préfère s’éloigner. Cette apparence paisible cache une vie personnelle toute contrastée.
Dès l’âge de cinq ans, il lui arrive déjà de se battre avec des démons qui l’empêchent de dormir et qui le font pleurer au grand dam de son père qui en arrive à être excédé et qui menace une nuit de le jeter par la fenêtre. Mais il bénéficie aussi de visions de la Vierge Marie. Et s’il ne joue pas beaucoup avec ses camarades, il fait de bonnes parties avec « le petit ange », comme il le confie à sa mère. Sa santé paraît déjà délabrée. On parle de tuberculose, de fortes fièvres, de douleurs de toutes sortes, et pourtant il se flagelle, bien qu’il soit encore un enfant…
Vocation précoce
Âgé à peine de seize ans, il entre, le 6 janvier 1903, au noviciat du couvent de Morcone. En fait, il réalise l’engagement qu’il a pris dès l’âge de cinq ans où il a promis de consacrer sa vie à Dieu. Ce ne fut quand même pas sans mal. Plus tard, évoquant ce tournant essentiel de sa vie, il dira : « Je sentais deux forces qui s’affrontaient en moi me déchirant le cœur…
Couvent de Morcone
Le seul souvenir de la lutte qui se déroulait en moi me glace le sang dans les veines. » On dit que la dernière nuit qu’il passa chez lui, il reçut les encouragements de Jésus et de Marie. Il en avait besoin car le noviciat était des plus éprouvants. Le père Derobert, un de ses biographes, écrit que l’on se serait cru revenu au Moyen âge, c’est tout dire… S’il mangeait un peu mieux que chez lui, la cellule était bien proche de celle d’une prison.
Père Pio édifie déjà ses camarades de noviciat par son extrême piété, priant et jeûnant plus qu’il ne lui est demandé. Très souvent, il pleure beaucoup pendant ses prières — ce qui le fait railler de ses confrères — parce qu’il évoque les souffrances du Christ.
Il ne gardera pas un bon souvenir de ce noviciat d’un an, où il n’eut que quinze pages à lire et à relire, sans pouvoir découvrir quelque livre que ce soit, profane ou religieux. Si bien qu’il disait lui-même que « à condition d’avoir la vocation de prier, on ne pouvait que devenir imbécile, aussi beaucoup ne résistaient pas et s’en allaient… »
Le vendredi 22 janvier 1904, il prononce les vœux temporaires de trois ans et part rapidement au couvent de Sant’Elia, à Pianisi dans la province de Campo Basso, où il doit terminer ses études secondaires.
Là aussi, il se fait vite remarquer par sa piété. Il étudie beaucoup, ne se plaint jamais malgré une nourriture frugale et des couvertures parcimonieuses. Sa santé va mieux d’ailleurs. Il pleure toujours autant. Au moment de I ‘oraison, ses larmes font, dit un des professeurs, « un petit ruisseau sur le pavé ».
Les attaques diaboliques continuent la nuit. Un soir, il entend ainsi des bruits dans la chambre voisine pourtant vide, et est terrorisé par un grand chien noir aux yeux de braise qui s’enfuit en faisant un saut sur le toit voisin. Il s’effondre sur son lit, vidé de toutes ses forces.
En octobre 1905, ayant passé ses examens, il part pour le couvent de San Marco de Catola où, le 27 janvier 1907, il fait sa profession religieuse. Il a dix-neuf ans et huit mois. Il commence des études de théologie à Serra Capriola qu’il poursuit au couvent de Montefusco. Mais sa santé se détériore de nouveau. Il est pris de fièvre et il tousse…
Dans le même temps, il est assailli de scrupules. Le démon ne le lâche pas. « Ce fut presque insupportable », écrira-t-il plus tard. En 1908, il reçoit les ordres mineurs, devient sous-diacre. Mais sa santé se détériore si gravement que ses supérieurs décident de l’envoyer chez ses parents. Il y restera jusqu’en février 1916. Ce sera pour lui, note son biographe, « une période de vie intérieure intense, de continuelle pénitence et l’occasion d’une très rapide progression dans les voies de la sainteté. »

Ravissements et diableries

Pendant toute cette période, il restera malade sans que l’on n’ait jamais pu établir un véritable diagnostic. La pensée de la mort l’habite d’autant plus qu’un professeur de médecine déclare qu’il n’a plus qu’un mois à vivre. Cette annonce l’incite à demander à ses supérieurs de mourir prêtre. Muni d’une dispense, il n’a pas encore 24 ans comme il est requis, il passe un rapide examen théologique et est ordonné prêtre le 10 août 1910. Revenu au couvent de Venafro, on le renvoie d’urgence à Pietrelcina, quasiment mourant. Le lendemain, pourtant, il célèbre la messe, comme s’il n’avait jamais été malade…

Sa vie continue marquée par des ravissements. Le Christ lui apparaît se plaignant de ses prêtres de « leur indifférence à laquelle s’ajoutent leur incrédulité et leur mépris. » (voir la vidéo : Une vision illustrée du Padre Pio). Mais il reçoit aussi des paroles réconfortantes : en 1913, alors qu’il dit la messe, il a une vision de Jésus qui confie notamment à cette âme si durement éprouvée et qui s’interroge en permanence : « Les craintes que l’âme ressent en certains moments de la vie pour son salut éternel, si elles m’ont pour auteur, se reconnaissent à la paix et à la sérénité qu’elles laissent dans l’âme. »

Le père Pio avait bien besoin de ces paroles car le malin ne désarme pas. Ce qui lui fait dire, parfois : « Je n’en peux plus ». « L’autre nuit, je l’ai très mal passée, écrit-il à son directeur de conscience, ce « cosaque » -nom qu’il donne au démon qui le tourmente !- depuis dix heures, à peu près, lorsque je me suis mis au lit, jusqu’à cinq heures du matin, n’a pas cesser de me frapper. 
Vidéo : une vision du Padre Pio sur les mauvais prêtres et prélats
Nombreuses furent les suggestions diaboliques qu’il me présentait à l’esprit, pensée de désespoir, de manque de confiance en Dieu (…) Je croyais que c’était la dernière nuit de mon existence, ou bien même que si je ne mourrais pas, je perdrais la raison. » Le monde démoniaque lui joue des tours aussi. Il subtilise le courrier qu’il a rangé, détourne ses lettres à son directeur de conscience, ou les macule de taches d’encre qui disparaissent aspergées d’eau bénite…

Les premiers stigmates

C’est à cette époque que commencent à apparaître les stigmates, mais ils ne deviendront permanents qu’en 1918. Il écrit le 8 septembre 1911 à ce sujet : « Hier soir, il s’est produit un fait que je ne sais expliquer ni comprendre.


Au milieu de la paume de la main m’est apparue une tache rougeâtre, ayant à peu près la forme d’une pièce d’un centime, accompagnée d’une forte douleur au milieu de cette tache.
Cette douleur était plus sensible au milieu de la main gauche et dure encore. Également sous les pieds, je ressens un peu de douleur. Ce phénomène se répète depuis un an environ, mais récemment il s’était atténué. (…) À l’autel, je sens parfois un embrasement de toute ma personne tel que je ne puis le décrire ». Son directeur de conscience lui demandera de ne pas parler de ces faits parce qu’  « il est bon de cacher le secret du roi ».
Son mysticisme est de plus en plus grand. Il écrit : « De nombreuses fois, je me sens rempli d’une fougue très violente. Je me sens tout entier consumé par Dieu et il me semble vraiment en mourir. » Son approche du monde s’en ressent et il confie simplement : « La plupart du temps, la conversation avec les autres me coûte beaucoup, sauf s’il s’agit de personnes auxquelles on parle de Dieu et du grand prix de l’âme.

C’est justement pour cela que j’aime tant la solitude. Très souvent, j’éprouve une grande lassitude à me rappeler aux nécessités de la vie, comme manger, boire et dormir, et je m’y soumets comme un condamné, pour l’unique raison que c’est la volonté de Dieu. Il me semble que le temps passe vite, et que je n’en ai jamais assez pour prier (…) Je sens très clairement que s’il y a quelque chose de bien en moi, tout est venu de ces faveurs surnaturelles.

À partir de là je sais que je suis très fermement déterminé à tout souffrir avec résignation et promptitude, sans jamais me lasser de souffrir, bien que ce soit hélas, avec tant d’imperfection… » Il reste d’une grande humilité : « Je vois le peu de profit que je tire de toutes ces grâces. Voilà l’opinion que j’ai de moi. Je ne sais s’il y a des gens qui soient pires que moi. Et lorsque je vois chez les autres, certaines choses qui paraissent être péchés, je ne puis me convaincre que ceux-là ont offensé Dieu, bien que cela me semble évident. Seul me fait souci le mal commun qui très souvent me fait profondément souffrir. »

Un mystère pour lui-même

Mais ses supérieurs veulent, depuis longtemps – il y a toujours eu un obstacle – qu’il reprenne la vie communautaire et, le 17 février 1917, il repart pour le couvent de Sainte Anne à Foggia. Là, on découvre qu’il a des fièvres démesurément fortes : 47 degrés et plus. On découvre un foyer infectieux au sommet du
poumon droit avec de légers souffles à gauche. On appelle un médecin, puis un autre qui finira par dire qu’il s’agit d’« une maladie spéciale qui apparaît et disparaît ». Façon d’avouer son impuissance à formuler un diagnostic qui, il est vrai, était presque impossible avec ce malade étrange. Plus tard, on constatera que les fièvres peuvent même atteindre, ce qui est théoriquement impossible, 52° ! Cette maladie, malgré des allers et retours à l’armée, l’empêchera, d’être mobilisé provisoirement.

S’il est un religieux exemplaire, de plus en plus recherché pour la direction des âmes, il est arrivé avec un acolyte bruyant, un démon, qui chaque jour, à la même heure, se manifeste dans sa cellule, se bat avec lui, « éclate » avec un bruit qui rameute tous les frères réunis au réfectoire et le laisse trempé de fièvre, brisé. Un évêque en visite qui s’était gaussé de ces prétendus bruits partira effrayé, sans même finir son dîner.

Couvent de San Giovanni Rotondo
Ce démon le suit lorsqu’il est envoyé au couvent de San Giovanni Rotondo. « Ma foi, écrit-il, est tout un effort de ma pauvre volonté contre toute ma persuasion humaine, en somme ma foi est le fruit de continuels efforts que je fais sur moi-même. Je reconnais que je suis un mystère pour moi-même. »

Paradoxe, lui, à qui on demande conseil de plus en plus. L’une de ses occupations essentielles est la direction spirituelle par écrit, lui, à qui on vient de confier la direction spirituelle du « Séminaire séraphique », est obligé sans arrêt de demander avis et conseils à ses directeurs de conscience. Il cherche sans arrêt la lumière. Il prie continuellement, rapportent ses anciens élèves, ne mange presque rien. Il commence à se battre aussi contre les démons des autres car il sait quand ceux-ci sont en danger, ce qui se traduit pour lui par de nouveaux mauvais traitements physiques. Il reconnaîtra un jour : « Je sais tout dans la lumière de Dieu. »

Parmi les dévotions particulières que prône père Pio, il y a celle de l’ange gardien dont il dit qu’« il est toujours à côté de nous, dès le matin, à peine sommes-nous éveillés, et pour la journée et la nuit, toujours… toujours. Combien bien de services nous rend notre ange gardien sans que nous nous en apercevions et même sans que nous le sachions. »

Pendant ce temps – nous sommes encore en 1917 – le couvent se réduit à trois personnes à cause de la guerre qui fait rage.

Le père, lors d’une vision du Christ, l’interroge sur la fin des combats. La vision ne répond que par un geste de la main qui signifie doucement. Et quand il insiste, le visage devient sérieux, un demi-sourire sur les lèvres, fixe un instant son regard et le congédie sans mot dire.

Les stigmates permanents

La guerre va prendre fin en l918. 

C’est une année marquante aussi pour père Pio car le 20 septembre apparaissent les stigmates qui ne disparaîtront que 50 ans plus tard, lors de sa mort, comme le Christ le lui a annoncé.
Le Padre est donc revenu à San Giovanni Rotondo où, malgré ses souffrances, il mène une vie active. Il s’occupe non seulement des collégiens mais aussi du confessionnal et de nombreuses directions spirituelles.

On vient de partout se confesser à lui. Père Pio pourra dire plus tard à un de ses pénitents : « Je vous connais au dedans et au dehors comme vous-même vous vous connaissez dans un miroir ».

Il vient par ailleurs d’être réformé définitivement pour tuberculose pulmonaire. Les quelques mois qu’il a dû passer à la caserne ont été éprouvants pour cette âme d’élite. La veille de sa réforme, un thermomètre de bain (il a fait éclater les autres !) indique 48’ à la stupeur des médecins militaires qui ne comprennent pas qu’il n’ait pas le délire.

Il a donc repris son poste de directeur spirituel près des jeunes. Mais il lutte : aux souffrances physiques s’ajoute la souffrance spirituelle. Il est dans la nuit. Pour lui-même, certes, il l’a toujours été, mais cette fois aussi pour les autres. Son assurance tranquille lui est enlevée. Il a peur que les âmes se damnent à cause de lui. « Je ne sais pas comment diriger les âmes que le Seigneur m’envoie. Pour certaines il faudrait vraiment la lumière surnaturelle, et moi, je ne sais pas si j’en suis suffisamment rempli. » Malgré cette crise, il continue d’entrer en extase comme en atteste son supérieur qui en fut témoin plusieurs fois.

Crucifix devant lequel il reçut les stigmates
Père Pio a relaté à un intime ce qui s’était passé lors de la stigmatisation. « J’étais au chœur pour faire l’action de grâce de la Messe. Je me sentis tout doucement m’élever vers quelque chose d’immense qui grandissait toujours et qui me comblait de joie en priant. Plus je priais, plus cette jouissance augmentait. Tout d’un coup, une grande lumière frappa mon regard et au milieu de cette grande lumière m’apparut le Christ avec ses plaies. Il ne dit rien. Il disparut. Lorsque je revins à moi, je me suis retrouvé à terre, blessé. Les mains, les pieds, le cœur saignaient et me faisaient si mal qu’ils m’enlevaient toute force pour me relever. Je me suis traîné à quatre pattes du chœur jusqu’à la cellule à travers le long couloir. »

Les plaies de père Pio sont profondes et semblent avoir été faites par un énorme clou dans les mains et les pieds. Il a aussi une plaie au côté constituée par deux entailles en croix. De ces plaies jaillit un sang artériel frais et parfumé. Ces plaies sont très douloureuses pour père Pio qui les supportera cinquante ans. Plusieurs professeurs de médecine examineront père Pio, dont l’un, agnostique, se convertira après avoir rencontré, ce qu’il appelle « cette énigme pour la science ».

L’humble père tente de conserver pour lui cette stigmatisation, mais le secret est vite découvert, connu en ville, ce qui alarme les journaux, puis les pèlerins, mettant ses supérieurs dans l’embarras.

Des règles strictes sont prises pour le protéger, mais le père passe sa vie au confessionnal, pour recevoir tous ceux qui se pressent pour se confesser à lui. Le 20 décembre 1918. lui qui écrit qu’il se sent « mourir de mille morts », subit une autre épreuve : « depuis plusieurs jours, je sens en moi une chose semblable à une lame de fer qui, de la base du cœur remonte jusque sous l’épaule droite en ligne transversale. »

Père Pio n’est pourtant pas au summum de ses souffrances physiques. Dans les mois qui vont venir, il vivra toutes les souffrances du Christ au moment de sa passion. C’est-à-dire que non seulement il porte les stigmates, mais il a aussi une plaie sur l’épaule droite, comme le Christ, qui le fait beaucoup souffrir. Sa tête porte souvent les traces de la couronne d’épine, visible par son servant de messe qui en a témoigné. Le père dit que pendant la messe les épines sont innombrables. Parfois, on l’interroge sur la flagellation.

Il reconnaît qu’il la vit au moins une fois par semaine. Comme le Christ, il connaît aussi la sueur et les larmes de sang. Il dit à ce sujet que « la douleur est insupportable si le sang est obligé de sortir par les pores de la peau ».

On comprend qu’à la question : « Quand souffrez-vous ? », il répond en toute vérité : « Toujours. Tout ce que peut souffrir celui qui a pris sur lui l’humanité entière. » De nombreux linges de corps, qu’on l’aide à changer souvent, des mouchoirs trempés de sang seront pour ses frères capucins la marque concrète de toutes ses souffrances.

Les premières persécutions

D’autres souffrances morales l’attendent encore. À ce sentiment qui ne le quitte pas de ne pas voir clair en lui, alors qu’il est si clairvoyant pour les autres, vont s’ajouter les pressions de l’Église, pour ne pas dire les persécutions.

Benoît XV
Le pape Benoît XV, qui meurt en 1922, avait dit de père Pio : « qu’il était un homme extraordinaire, de ces hommes que Dieu envoie de temps en temps sur la terre pour convertir les hommes. » Son successeur, Pie Xl, n’a certainement pas encore la même opinion. Non plus que son entourage dont le Dr Gemelli, prêtre aussi, qui a été éconduit par père Pio et qui a laissé plus ou moins entendre depuis que ce dernier était dérangé mentalement. Pire, l’archevêque local, qui se révélera un débauché, le calomnie aussi méchamment et intrigue contre lui au Vatican avec le soutien de plusieurs chanoines de San Giovanni Rotondo qui ne valent pas mieux que lui. Il fera courir le bruit qu’il a trouvé des parfums dans la cellule de père Pio ainsi que de l’acide nitrique avec lequel ce dernier entretiendrait ses plaies… À la suite de ces manœuvres venimeuses, on ordonne à père Pio de cesser sa correspondance ; on lui change son directeur spirituel ; on lui interdit d’avoir des contacts avec le public et on envisage même de le transférer dans un couvent du Nord de l’ltalie. Ce qui commence à provoquer quelques effervescences dans la ville qui ne veut pas voir partir « son saint »
En 1923, L’Osservatore Romano publie une déclaration du Saint-office dans laquelle il est dit que « la surnaturalité des faits attribués à père Pio n’est pas constatable » et que les fidèles doivent se conformer à cette déclaration. Père Pio, quand il l’apprendra, dira seulement, en fils soumis, qu’ « ils » fassent de lui ce qu’ils veulent du moment qu’il peut dire la messe.
Justement, il ne peut plus la dire en public et le peuple gronde et manifeste. Les carabiniers sont obligés d’intervenir pour rétablir le calme mais on va vers l’émeute. Quant à le faire partir dans un couvent du nord, c’est une autre affaire, beaucoup plus dangereuse. Les autorités religieuses reculeront car les responsables civils ne voudront pas assurer son transfert… Un fonctionnaire de police de Rome venu sur place a été convaincu que pour cela il faudrait la force et faire couler le sang ! Père Pio, finalement, chantera la messe de nuit le 25 décembre 1923 en public et il restera à San Giovanni Rotondo.

Le Saint-Office confirme, cependant, sa déclaration précédente le 24 juillet 1924. Il interviendra aussi deux fois en 1926, et une fois encore en 1931 pour interdire et condamner les ouvrages sur père Pio. Du 11 juin 1931 au 15 juillet 1933, père Pio sera interdit de toute activité, sauf de dire la messe en privé. Il occupera ses loisirs forcés en devenant un lecteur acharné.

Heureusement, le professeur Georges Festa qui a examiné à de nombreuses reprises père Pio publie un rapport qui lève tout soupçon. Il lui a fallu quand même le renfort de plusieurs ecclésiastiques dont l’évêque de Foggia à qui le pape confiera : « Vous pouvez être content, le père Pio est réhabilité et au-delà. »

Pie XII

En 1942, selon la volonté du Pape Pie XII, Padre Pio fut l'initiateur des Groupes de Prière. Cette œuvre allait de pair avec celle de la “Casa Sollievo della Sofferenza” (Maison du Soulagement de la Souffrance) C'était le grandiose hôpital qu'il avait fait construire tout à côté du couvent.
L'hôpital que Padre Pio a fondé

Le 5 Mai 1956 fut donc inauguré solennellement ce grand édifice. Mais les importantes sommes d'argent qui seront données à Padre Pio pour ce Centre de soins, et qui 
provenaient de la foule de ses fils spirituels venant du monde entier, furent la cause d'une deuxième série de persécutions. Padre Pio ne voulait pas que l'on parle de ces persécutions. Elles constituent une page très douloureuse dans la vie du stigmatisé du Gargano. Elles ont cependant existé. Elles sont le fait de personnes ecclésiastiques et non de l'Église elle-même. Elles ont servi à la plus grande Gloire de Dieu puisqu'elles n'ont fait que prouver un peu plus la sainteté du Religieux de San Giovanni Rotondo, par l'obéissance et la patience dont il donna le témoignage.

En 1958, père Pio est à nouveau très malade : broncho-pneumonie, pleurésie. Mais il guérira grâce, dit-il, lui-même, à la Vierge de Fatima dont la statue a été emmenée par les airs au-dessus du couvent.

Nouvelle persécution

À la même époque « Le banquier de Dieu », comme se fait appeler Giuffre, un escroc, fait faillite entraînant nombre d’organismes cléricaux avec lui. L’ordre des capucins qui a spéculé sur des intérêts mirifiques se
retrouve ruiné et convoite l’œuvre de père Pio. En novembre 1959, l’évêque capucin Bortignon (devenu ensuite évêque de Padoue) accuse le mouvement des groupes de prières du Padre : « Le mouvement est formé de personnes qui conspirent contre le pape et la hiérarchie, professent des hérésies, pratiquent des superstitions et suit le faux mysticisme propagé par père Pio. » Tout est bon, alors, pour le faire céder : les brimades, les humiliations. On le prive même de l’aide d’un frère qui le soutient pour marcher. On va jusqu’à placer des micros dans son confessionnal. 

Souffrances encore

Il aura quand même la joie de voir reconnus le 31 juillet 1968, juste avant sa mort, les groupes de prière qu’il a créé en relation avec l’hôpital.

Depuis 1960, en effet, la santé du père est de plus en plus chancelante. Sa vue est devenue extrêmement faible et il est même obligé de dire la messe assis, quand son asthme bronchique le lui permet encore. En 1967, cet asthme s’accroît. À partir de mars 1968, il ne se déplace plus qu’en chaise roulante. Il ne sent plus ses jambes.

Mais les diableries continuent. « Ils ne me laissent pas une seconde en paix » confie-t-il à un père. Il a des
visions horribles quand il n’est pas projeté à terre, comme en cette nuit du 5 au 6 juillet 1964, où on le retrouve en bas de son lit, après un grand bruit, l’arcade sourcilière fendue. On le dit aussi tendu, taciturne, il sait, en effet que les 50 ans annoncés par le Christ se terminent et qu’il va passer bientôt dans l’autre monde, et l’angoisse qu’il a portée toute sa vie de ne pas savoir s’il fait la volonté de Dieu, ne peut que s’accroître terriblement dans la solitude.

Il mourra dans la nuit du 22 au 23 septembre 1968, vers 2 h 30 après s’être confessé et avoir renouvelé sa profession de religieux, répétant de plus en plus faiblement : « Gesu, Maria… » Un parfum de fleur d’oranger envahit alors sa cellule, puis tout le couvent.
Cellule de Père Pio
Deux ou trois mois avant sa mort, les saignements avaient commencé à diminuer, puis les plaies s’étaient refermées. Les derniers jours de sa vie, il ne restait plus que les cicatrices qui disparurent après sa mort ainsi que le médecin put le constater. Après sa mort, son supérieur aura le front de dire : « S’il n’avait pas de plaies, pourquoi portait-il des mitaines ? Et il subtilisera aussitôt les radiographies faites des plaies de père Pio.

On comprend que le cardinal archevêque de Bologne ait pu dire, sans fard, dans un discours le 8 décembre 1968, « Il souffrit pour l’Église et par l’Église. Ce qui l’affligea jusqu’au plus profond de lui-même. »

Le « crucifié d’amour » avait enfin fini sa mission sur la Terre, mais elle allait se poursuivre depuis l’Au-delà.

Trois jours après sa mort, l’image de père Pio apparut nettement sur les vitres de sa cellule et tous les journalistes présents, notamment ceux de la presse parisienne rapportèrent le phénomène : Jean Neuvecelle de France-Soir, Bernard Noël du Figaro purent le constater (France-Soir des 27 et 28 septembre 1968). Vladimir d’Ormesson donna aussi son témoignage dans le Figaro du 29 septembre 1968.

Si toute la vie de père Pio a été marquée par de nombreux charismes : bilocations, odeur de sainteté, guérisons, clairvoyance, glossolalie (don des langues), il a donné aussi de nouveaux témoignages après sa mort.

Béatification et canonisation

Beaucoup de grands personnages de l’Église avaient reconnu les qualités de Père Pio, à commencer par les papes Benoît XV, Pie XII. Mais on a vu combien père Pio avait souffert d’injustices et de jalousies au sein même de l’Église. Le cardinal primat de Venise l’avait dit d’ailleurs lors de ses obsèques.

Malgré l’accélération voulue par Jean-Paul II dans les procédures de béatification et de canonisation, il aura fallu finalement 30 ans pour que Jean-Paul II déclare le 18 décembre 1998 les vertus héroïques de père Pio, préalable nécessaire à sa béatification qui a eu lieu le 2 mai 1999, la date du 23 septembre (date anniversaire de sa mort) ayant été retenue pour sa commémoration liturgique.

Le décret de canonisation a été promulgué par Jean-Paul II le 26 février 2001, à Rome, devant 500 000 personnes, la guérison miraculeuse du petit Mate Pio Colla de San Giovanni Rotondo ayant été reconnue.
Corps incorruptible du Padre Pio
En 2008, le corps de père Pio a été exhumé. Comme quelques saints, son corps était resté intact. Il fut d’ailleurs exposé dans une chasse de verre durant une année. Puis, le 23 septembre 2009, il fut placé dans un sarcophage que les pèlerins vont toucher dans la crypte de l’Église père Pio. Ce jour-là, il y avait près de 40 000 personnes pour l’accompagner et rendre hommage à toutes ses vertus.

8 très belles vidéos sur la vie du saint, à voir et à revoir :
Emission Mystères - TF1

Saint Padre Pio


Vie de Padre Pio


Document KTO


Témoignage d'un de ses fils spirituel

Dernière messe de Padre Pio


Exhumation du corps de Padre Pio

dimanche

Tuer au Nom de Dieu : un "grand sacrilège", dénonce le pape

Tuer au Nom de Dieu : un "grand sacrilège", dénonce le pape
"La religion authentique est source de paix et non de violence !" 
Rome, 21 septembre 2014


Discours du pape François

Chers amis,

Je suis vraiment heureux de cette rencontre, qui réunit les responsables des principales confessions religieuses présentes en Albanie. Je salue avec un profond respect chacun de vous et les communautés que vous représentez ; et je remercie de grand cœur Monseigneur Massafra pour ses paroles de présentation et d’introduction. Il est important que vous soyez ici ensemble : c’est le signe d’un dialogue que vous vivez quotidiennement, en cherchant à construire entre vous des relations de fraternité et de collaboration, pour le bien de la société tout entière.

L’Albanie a été tristement témoin de telles violences et de tels drames que peut causer l’exclusion forcée de Dieu de la vie personnelle et communautaire. Quand, au nom d’une idéologie, on veut expulser Dieu de la société, on finit par adorer des idoles, et bien vite aussi l’homme s’égare lui-même, sa dignité est piétinée, ses droits violés. Vous savez bien à quelles brutalités peut conduire la privation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse, et comment à partir de ces blessures se forme une humanité radicalement appauvrie, parce que privée d’espérance et de référence à des idéaux.

Les changements survenus à partir des années 90 du siècle dernier ont eu comme effet positif aussi celui de créer les conditions pour une liberté de religion effective. Cela a donné à chaque communauté la possibilité de raviver des traditions qui ne s’étaient jamais éteintes, malgré les persécutions féroces, et a permis à tous d’offrir, également à partir de sa propre conviction religieuse, une contribution positive à la reconstruction morale, avant la reconstruction économique du pays.

En réalité, comme l’a affirmé saint Jean-Paul II dans sa visite historique en Albanie en 1993, « la liberté religieuse […] n’est pas seulement un don précieux du Seigneur pour ceux qui ont reçu la grâce de la foi : elle est un don pour tous parce qu’elle est la garantie fondamentale de toute expression de la liberté […] Il n’est rien qui nous rappelle, autant que la foi, que, si nous avons un unique Créateur, alors nous sommes tous frères ! Ainsi, la liberté religieuse est un rempart contre les totalitarismes et une contribution décisive à la fraternité humaine » (Message à la nation albanaise, 25 avril 1993).

Mais il faut tout de suite ajouter : « La vraie liberté religieuse a horreur des tentations de l’intolérance et du sectarisme et promeut des attitudes de dialogue respectueux et constructif » (ibid.). Nous ne pouvons pas ne pas reconnaître combien l’intolérance envers celui qui a des convictions religieuses différentes des siennes propres est un ennemi particulièrement insidieux, qui malheureusement se manifeste aujourd’hui en différentes régions du monde. En tant que croyants, nous devons être particulièrement vigilants pour que la religiosité et l’éthique que nous vivons avec conviction et dont nous témoignons avec passion s’exprime toujours par des attitudes dignes du mystère que l’on entend honorer, en refusant avec résolution comme non vraies, parce que non dignes de Dieu ni de l’homme, toutes ces formes qui représentent un usage déformé de la religion. La religion authentique est source de paix et non de violence ! Personne ne peut utiliser le nom de Dieu pour commettre de la violence ! Tuer au nom de Dieu est un grand sacrilège ! Discriminer au nom de Dieu est inhumain.

De ce point de vue, la liberté religieuse n’est pas un droit qui puisse être garanti uniquement par le système législatif en vigueur, qui est aussi nécessaire : c’est un espace commun, une atmosphère de respect et de collaboration qui est construit avec la participation de tous, même de ceux qui n’ont aucune conviction religieuse. Je me permets d’indiquer deux attitudes qui peuvent être d’une utilité particulière dans la promotion de cette liberté fondamentale.

La première, c’est celle de voir en tout homme et en toute femme, même en ceux qui n’appartiennent pas à sa propre tradition religieuse, non des rivaux, encore moins des ennemis, mais bien des frères et des sœurs. Celui qui est assuré de ses convictions propres n’a pas besoin de s’imposer, d’exercer des pressions sur l’autre : il sait que la vérité a sa force de rayonnement propre. Nous sommes tous, au fond, des pèlerins sur cette terre, et au cours de notre voyage, tandis que nous aspirons à la vérité et à l’éternité, nous ne vivons pas comme des entités autonomes et autosuffisantes, ni comme des individus ni comme des groupes nationaux, culturels ou religieux, mais nous dépendons les uns des autres, nous sommes confiés aux soins les uns des autres. Chaque tradition religieuse, à l’intérieur d’elle-même, doit réussir à rendre compte de l’existence de l’autre.

Une seconde attitude est l’engagement en faveur du bien commun. Chaque fois que l’adhésion à sa propre tradition religieuse fait germer un service plus convaincu, plus généreux, plus désintéressé pour la société tout entière, il y a un exercice authentique et un développement de la liberté religieuse. Celle-ci apparaît alors non seulement comme un espace d’autonomie légitimement revendiquée, mais comme une potentialité qui enrichit la famille humaine par son exercice progressif. Plus on est au service des autres, et plus on est libre !

Regardons autour de nous : combien sont nombreux les besoins des pauvres, combien nos sociétés doivent encore trouver des chemins vers une justice sociale plus répandue, vers un développement économique inclusif ! Combien l’âme humaine a besoin de ne pas perdre de vue le sens profond des expériences de la vie et de récupérer l’espérance ! Dans ces domaines d’action, les hommes et des femmes inspirés par les valeurs de leur propre tradition religieuse peuvent offrir une contribution importante, même irremplaçable. C’est là aussi un terrain particulièrement fécond pour le dialogue interreligieux.

On ne peut dialoguer sans identité, ce serait un dialogue fantôme, il ne sert à rien. Chacun est fidèle à sa propre identité. Sinon, c'est du relativisme.

Chacun de nous offre le témoignage de sa propre indenté à l'autre, dans le dialogue avec l'autre. Le plus est important, c'est de marcher ensemble sans trahir son identité, sans la masquer, sans hypocrisie.

Il ne peut pas y avoir deux équipes: les Catholiques contre le reste!


Chers amis, je vous exhorte à maintenir et à développer la tradition de bonnes relations entre les communautés religieuses existantes en Albanie, et à vous sentir unis dans le service de votre chère patrie. Continuez à être signe, pour votre pays et pas seulement, de la possibilité de relations cordiales et de collaboration féconde entre des hommes de religions différentes. Et je vous demande une faveur, de prier aussi pour moi. J'en ai tellement besoin. Merci. Que Dieu vous bénisse.

vendredi

Faire partie de l'Eglise c'est se soucier du salut de l'humanité

La communauté chrétienne qui ne sort pas meurt
Catéchèse du 17 septembre 2014 



Catéchèse du pape François

Chers frères et chers sœurs, bonjour,

Cette semaine nous continuons à parler de l’Église. Quand nous professons notre foi, nous affirmons que l’Église est « catholique et « apostolique ». Mais quelle est vraiment la signification de ces deux mots, de ces deux adjectifs donnés à l’Église ? Quelle valeur ont ils pour la communauté chrétienne et pour chacun d'entre nous ?

1. Catholique veut dire universelle. Une définition complète et claire nous est donnée par un des Pères de l’Église des premiers siècles, saint Cyril de Jérusalem, lorsqu'il affirme : « Sans aucun doute l’Église est dite catholique, c'est à dire universelle, par le fait qu'elle est communiquée à tous d'un bout à l'autre des extrémités de la terre ; parce que universellement et sans exception elle enseigne toutes les vérités qui doivent être portées à la connaissance des hommes, celles qui concernent aussi bien les choses célestes que celles terrestres. »

Un signe évident de la catholicité de l’Église est qu'elle parle toutes les langues. C'est l'effet de la Pentecôte (Ac 2,1-13) : en effet, c'est l'Esprit Saint, qui a permis aux Apôtres et à l’Église entière de faire entendre à tous, jusqu'aux confins de la terre, la Bonne Nouvelle du Sauveur et de l'amour de Dieu. Ainsi l’Église est née catholique, c'est à dire « en symphonie » depuis les origines, et ne peut être que catholique, projetée vers l'évangélisation et à la rencontre de tous. La parole de Dieu aujourd'hui se lit dans toutes les langues, chacun a l’Évangile dans sa propre langue, pour le lire. Je reviens sur la même idée : il est toujours bon de prendre avec soi un petit Évangile, pour le mettre dans sa poche, dans son sac et pendant la journée le lire un moment. Cela nous fait du bien. L’Évangile est diffusé dans toutes les langues parce que l’Église, l'annonce de Jésus Christ Rédempteur, est dans le monde entier. C'est pour cela que l'on dit que l’Église est catholique, parce qu'elle est universelle.

2. Si l’Église est née catholique, cela veut dire qu'elle est née « pour sortir », qu'elle est née missionnaire. Si les Apôtres étaient restés dans le cénacle, sans sortir pour porter l’Évangile, l’Église ne serait que l’Église de tel peuple, de telle cité, de tel cénacle. Mais tous sont sortis pour le monde entier, dès la naissance de l’Église, au moment où l'Esprit Saint descendit sur eux. L’Église est née « pour sortir », c'est à dire missionnaire. C'est ce que nous exprimons en la qualifiant d'apostolique, parce que l'apôtre est celui qui porte la bonne nouvelle de la Résurrection de Jésus. Ce terme nous rappelle que l’Église est fondée sur les Apôtres et en continuité avec eux – ce sont les Apôtres qui sont allés et ont fondé de nouvelles églises, ont constitué de nouveaux évêques et ainsi dans le monde entier, en continuité. Aujourd'hui nous sommes tous en continuité avec ce groupe des Apôtres qui a reçu l'Esprit Saint puis est « sorti » pour prêcher, [nous sommes] envoyés porter à tous les hommes cette annonce de l’Évangile, en l'accompagnant des signes de la tendresse et de la puissance de Dieu. Ceci aussi prend sa source à l’événement de la Pentecôte : en effet, c'est l'Esprit Saint qui dépasse toutes les résistances, qui vainc la tentation de se fermer sur soi-même, entre quelques élus, et de se considérer les uniques destinataires de la bénédiction de Dieu. Si certains disent par exemple : « nous sommes les seuls élus », à la fin ils meurent. Ils mourront d'abord de l'âme et ensuite du corps, parce qu'ils n'ont pas la vie, ils ne sont pas capables de générer la vie, pour d'autres personnes, d'autres peuples : ils ne sont pas des apôtres. C'est vraiment l'Esprit Saint qui nous conduit à la rencontre des frères, même ceux qui sont les plus éloignés dans tous les sens du terme, pour qu'ils puissent partager avec nous l'amour, la paix, la joie que le Seigneur Ressuscité nous a laissés en don.

3. Pour notre communauté et pour chacun d'entre nous, que signifie faire partie d'une Église qui est catholique et apostolique ? Avant tout, cela signifie prendre à cœur le salut de toute l'humanité, ne pas se sentir indifférent ou étranger face au sort de tant de nos frères, mais ouverts et solidaires envers eux. En outre cela signifie avoir le sens de la plénitude, de la complétude, de l'harmonie de la vie chrétienne, refusant toujours les positions partielles, unilatérales, qui nous ferment en nous mêmes.

Faire partie de l’Église apostolique veut dire que nous sommes conscients que notre foi est ancrée sur l'annonce et le témoignage des Apôtres de Jésus eux-mêmes – c'est ancré là, c'est une longue chaîne qui vient de là - ; c'est donc se sentir toujours envoyés, se sentir mandatés, en communion avec les successeurs des Apôtres, pour annoncer, avec le cœur plein de joie, le Christ et son amour à toute l'humanité. Ici je voudrais rappeler la vie héroïque de nombreux missionnaires qui ont quitté leur patrie pour aller annoncer l’Évangile dans d'autres pays, d'autres continents. Un cardinal brésilien me disait qu'il travaillait beaucoup en Amazonie et quand il va dans un endroit, dans un pays ou dans une ville de l'Amazonie, il va toujours au cimetière et là il voit les tombes de ces missionnaires, prêtres, frères, sœurs, qui sont allés prêcher l’Évangile des apôtres. Et il pense : tous ceux-là peuvent être canonisés sur-le-champ, ils ont tout laissé pour annoncer Jésus Christ. Rendons grâce au Seigneur parce que notre Église a tant de missionnaires, a eu tant de missionnaires et en a plus besoin encore : Remercions le Seigneur pour cela. Peut-être que parmi tant de jeunes, garçons, filles qui sont ici, quelques uns ont le désir de devenir missionnaires : allez de l'avant ! Il est beau de porter l’Évangile de Jésus. Soyez courageux et courageuses !

Demandons maintenant au Seigneur de renouveler en nous le don de son Esprit, pour que chaque communauté chrétienne et chaque baptisé soit l'expression de notre sainte mère l’Église catholique et apostolique.


Traduction de Zenit, Hugues de Warren